Emotion brute

Publié le par Flore et Emilie

Killian :

21 septembre,  Siofok

            C’était une famille hongroise, la famille de Béa, notre amie hongroise rencontrée lors de ces études en France.

            Instant si fort, troublant. Voici déjà la deuxième fois que les larmes me viennent au cours de ce voyage… Tout comme les larmes sont venues aux yeux du grand père de Béa, lorsque nous avons évoqué la beauté de ce rassemblement après des années de peur et parfois de haine, mais celles-ci ont coulé, discrètement certes.

            Point culminant d’émotion, prolongé par l’information que Béa me livre banalement quelques minutes plus tard :

            Son grand père était jardinier ; « enfin journaliste » complète elle, « avant 1956 »…

            L’image, la vue du visage émerveillé de cet homme parlant allemand, un peu anglais et quelques mots de russe m’a secoué, brutalement, comme pour tenter de faire enfin tomber ces larmes retenues, si bien accrochées à mon esprit français. Pendant ces quelques heures passées en leur compagnie, sous  leur toit et à leur table, j’ai aimé ces gens comme ma propre famille.

            Ce paysage qui défile derrière ce carreau de wagon est aussi le mien, le nôtre, il est européen…

            L’amour d’aujourd’hui est au moins aussi fort que la souffrance d’hier. Celle dont on a pris conscience au musée de la Terreur, 60 rue Andrassy…

            De 1914 à 2008, tout ce temps compilé en un si court instant… L’émotion ne peut-être contenue. Elle se déverse d’une façon ou d’une autre.



Flore

Ça y est. On a visité, on a mangé, on a bu hongrois. Et surtout, on a échangé. C’est fou comme là je me sens heureuse. On a mangé un goulash hongrois mais avant toute chose, on a bu l’eau-de-vie. Il y avait le père, la mère, les deux sœurs de Béa, le frère, et les grands-parents. On a parlé Europe, on a parlé culture, on a parlé Histoire. Mais surtout, autour de la table, on parlait tous de la même chose, toutes générations et cultures confondues, en français, anglais, allemand, hongrois. J’ai trouvé ce moment très beau et empli de sincérité et d’émotion.

Cette année est pleine de promesses (dixit Emilie) et même s’il est difficile de pénétrer différentes cultures en même temps, cette expérience et toutes les prochaines autres me donnent assez de motivation.

Je n’aurais qu’une chose à dire : C’est que malgré la politique qui oblige les peuples à suivre la folie d’un homme ou d’un mouvement, la vie est belle et à tout à nous apprendre. Elle nous rapproche tous.

Revenons au plat, après ce moment d’émotion encore tout frais (nous sommes à peine dans le train que nous sommes déjà tous entrain d’écrire) dans nos esprits : En dessert nous avons eu, disons-le, un énorme gâteau plein de crème. Ils fêtaient la fête de la cadette, Enicke. Ah, et puis nous avions aussi du champagne pour l’occasion. Béa nous a expliqué que les moments où l’on pouvait rassembler toute la famille étaient très importants. Ils se font tous toujours des câlins.

Nous avons dit au grand-père de Béa que c’était beau qu’aujourd’hui on puisse retrouver tous autour de la même table à échanger nos cultures alors que 60 ans auparavant, nous nous entretuions.

Je crois bien qu’il a pleuré.

Mon cœur palpite encore de cette expérience.

Je crois que vivre toute sa vie au même endroit sans partager ce genre de moments, c’est vivre au minimum « vital » des « capacités » de l’être humain.

L’enrichissement personnel vécu en quelques heures ici m’a paru être le plus important et marquant de toute mon existence.



Emilie :

 

Köszönöm

 

Une année pleine de promesses. Malgré le côté banal de cette expression, je n’en trouve pas de meilleures pour caractériser ce que je ressens après ce merveilleux après-midi. Bea, mon amie hongroise, nous a présenté sa famille, depuis la toute petite sœur jusqu’aux grands-parents. Nous sommes unanimes quant aux sentiments que nous éprouvons tous les trois maintenant que nous les avons quittés : nous sommes heureux et émus. Heureux d’avoir partagé des idées avec ces gens, pourtant étrangers et si différents de nous, heureux d’avoir été accueillis comme des membres de la famille alors que nous ne les connaissons que très peu, émus de leur gentillesse, émus de voir que le présent a pris le pas sur le passé. Alors que nous n’avons pas vécu la guerre et les dernières décennies du même côté de la ligne de démarcation de l’Europe, nous réussissons aujourd’hui à manger à la même table et à parler de nos souvenirs, de nos joies et de nos émotions.

Je me souviendrai toujours du regard du grand-père au moment où nous avons évoqué notre enthousiasme à l’idée de rencontrer autant de gens d’autant de pays différents, alors que lui ne pouvait voyager autant que bon lui semblait à cause du régime soviétique, et qu’on lui avait retiré le droit d’exercer son métier de journaliste, le privant ainsi de son envie d’écrire, de dire, d’exprimer. Ce vieil homme, qui parle anglais et allemand et est venu trois fois en France, incarne pour moi à lui seul toute une époque d’envies brimées et d’espoirs déçu, mais sans pour autant que cet espoir ne s’efface complètement. Je pense que son émoi était peut-être provoqué par la prise de conscience que l’espoir et la liberté sont revenus, et que la nouvelle génération, celle de ses petits-enfants, va pouvoir construire une Europe enfin telle qu’elle doit être : unie, mais plurielle. Je lui attribue probablement mes propres pensées plutôt que les siennes, mais je crois que lui-même a ressenti bien plus encore, à cause de toute l’étendue de son existence et de tous les changements qu’il a vécus dans son pays qui a tellement souffert.

Nous aurions aimé rester plus longtemps et entendre encore les histoires racontées par toutes ces personnes, qui sont très ouvertes sur le monde malgré tous les efforts qui ont été consentis pour les empêcher de s’y intéresser. Cette famille est le symbole du courage et de la lutte silencieuse contre une fatalité : ils auraient pu laisser tomber et choisir, comme beaucoup, de se couper des autres et de l’Europe. Mais non, grâce à leur écoute de la jeunesse par l’intermédiaire de leurs petits-enfants et enfants et à leur propre curiosité, ils continuent à vivre avec leur temps et à se dire que leur vie ne se limite pas à leur ville et à leur pays.

Merci.

C’est une année pleine de promesses.

 



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F
Wouah... Les émotions passent par les écrans d'ordinateur... Je ne peux que vous envier et être heureuse pour vous d'avoir vécu une expérience aussi riche et fabuleuse. Formidable.<br /> Dire que ce ne sera sans doute pas la dernière !<br /> J'espère que Béa va bien !<br /> A très bientôt, bisous<br /> <br /> PS : Pourquoi Kilian écrit en ... ROSE? Il aime pas le vert ?
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F
<br /> Parceque c'est Flore qui l'a décidé !<br /> HAHAHA<br /> <br /> <br />
A
Salut a tous les trois!<br /> <br /> Waouh! votre recit est effectivement le reflet des emotions brutes que vous avez ressenties lors de ce repas hongrois.<br /> C'est pour ce genre de choses que je suis une europeenne convaincue, et que je veux me glisser dans ce bric-a-brac institutionnel pour tenter de faire decouvrir a chacun ce genre de partage, qui nous fait prendre conscience a quel point on est proche, a quel point on a en commun: histoire bien sur mais aussi culture et modes de vie, j'irai meme jusqu'a dire qu'il existe un inconscient europeen!<br /> Merci en tout cas de nous faire partager cette experience. Pour revenir a des considerations moins philosophiques, mais pas tout a fait triviales, je suis toujours a la recherche d'un appart!!<br /> En esperant vous croiser bientot a Praha, je vous embrasse tous les trois!<br /> Na Shledanou!
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