un invité qui se démarque

Publié le par Flore et Emilie

            Après de nombreuses sollicitations, je me décide enfin à griffonner quelques lignes pour le blog…

            En tant qu’invité, je me permets le luxe de ne pas m’imposer de thème, ou bien si… voilà mon thème : les tours et détours de l’esprit… Vaste programme.

            Le premier des détours est celui du papier, car avant de taper ces lignes, je les ai écrites. Puis, survient le détour par les mots, car l’émotion ne peut être transmise que par leur intermédiaire. On y trouve également le détour de l’émotion repensée et reconsidérée, car une émotion est unique et elle ne revient jamais deux fois exactement de la même façon. Même, ici, où l’atmosphère est si particulière, chaque jour l’émotion s’enrichit, se perfectionne, ou cesse brusquement, comme déracinée… Je triche donc ici, car l’histoire racontée a déjà été pensée une première fois. « Description d’un combat », si un certain Franz Kafka n’avait pas déjà utilisé ces mots, ils sembleraient parfaitement appropriés. Voici donc ce que cette histoire n’était pas tout à fait :

            « B. vagabonde, déambule, songeur. Soudain, il s’aperçoit, qu’au bord de ce fleuve, ce sont des châtaigniers qu’il croise régulièrement depuis maintenant quelques minutes. Il s’arrête pour recueillir une châtaigne, une magnifique châtaigne d’ailleurs. Ces compagnons l’attendent et continuent leur discussion.

            Dans un premier temps, il la nettoie, en prend soin. Plus il passe de temps à la nettoyer et plus il s’y attache.

            Ensuite, captivé par ce nouveau trésor, il décide de l’exhiber. En effet, il ne voit pas l’intérêt qu’il aurait à le glisser avidement dans une de ses poches. Artificiellement, il commence alors à jongler avec. Mais, lorsqu’elle lui échappe des mains et qu’elle se met à rouler, de telle sorte que B. est forcé d’interrompre sa marche irréfléchie, il lui vient une idée : offrir une belle fin à ce trésor avant qu’il ne lui échappe définitivement d’une façon ou d’une autre.

            Il opte alors pour un lancer de châtaigne, encore faut-il trouver une cible à la hauteur de l’événement –mais, qui reste atteignable toutefois-, à moins que ce ne soit la manière de lancer qui profère un caractère inoubliable à la disparition de son trésor.

            B. décide de ramasser deux autres insignifiantes châtaignes, afin de s’exercer et de ne pas échouer lors du moment tellement attendu.

Il en botte une du pied, celle-ci échoue contre le pantalon d’un autre penseur égaré. La deuxième, il décide de la décocher en direction du fleuve, dans l’espoir de toucher le panneau métallique que l’on distingue. Nouvel échec.

            Exaspéré, B. se saisit de son trésor, le tient fermement dans sa main droite, assure sa prise et sachant pourtant très bien qu’il est en train de sacrifier stupidement l’objet qui reçut toute son attention pendant ces cinq dernière minutes, il la lance vers sa cible.

            Aucune surprise, la châtaigne disparaît au-delà de la rambarde dans un long silence.

            Plein de remord et les mains vides, B. ramasse une nouvelle châtaigne tombée à terre. Il s’aperçoit que l’écorce est entaillée. Il y glisse son ongle et en arrache un petit morceau. Méticuleusement, il entreprend l’épluchage du fruit si fascinant. Il poursuit sa marche, calant son rythme sur celui des autres. « Prague est tout de même plus beau que Budapest », se dit-il.
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article