Pique-nique à Melnik
[Mnielnik]
Un dimanche de novembre, ayant décidé que cela faisait trop longtemps que nous n'avions pas fait de petite excursion en-dehors de Prague, nous voilà engagés dans une nouvelle expédition. Au début, Killian et moi voulions aller à Slapy, dont Flore nous avait vanté les charmes, en entraînant avec nous 2 nouveaux amis Français, Eléonore et Julien (non non, nous ne sommes pas sélectifs dans les nationalités pour choisir nos amis, c'est un hasard). Mais finalement, malgré son emploi du temps de ministre (pas le ministère du travail, je vous rassure), Flore nous accompagna. Donc, pour se faire pardonner de changer nos plans, elle entreprit de trouver une nouvelle destination intéressante, pas trop loin de Prague pour que ce soit fait dans la journée, avec l'aide du guide petit futé que ses parents lui avaient offert. Son attention fut attirée par Melnik, ville de vin, château et forêt avec des sculptures dedans (même s'il s'est avéré qu'elle avait manqué une page et que cette forêt n'était pas à Melnik). Le problème fut qu'à notre arrivée à Melnik, nous sommes tombés sur ça:
Si nous nous gaussons sur cette image, c'est par simple nervosité, dirons-nous, d'avoir débarqué au milieu de cette immense barre d'immeubles infects sans aucun bus alentours. Il est vrai que quand Killian et Eléonore avaient crié qu'il fallait descendre du car, Flore et moi avions quelque peu protesté. Killian me soutenait que cette entreprise désaffectée que l'on apercevait à travers les vitres du car était forcément la gare routière, et Eléonore avait trop peur de se tromper de bled. Moi je me disais que quand même, le château de Melnik que nous avions vu auparavant avait l'air d'être encore un peu plus loin. bref, nous descendîmes un arrêt trop tôt...
Sans nous départir de notre bonne humeur, nous allâmes d'un bon pas dans la direction du château, le long, il est vrai, d'une route nationale. Bon. La mésaventure alimentait les conversations, tandis que Killian nous exposait pour la énième fois sa théorie sur les toits rouges et verts de République tchèque (que vous ne manquerez pas d'entendre à Noël).
Mais finalement, notre malchance eut du bon, puisque nous sommes tombés dans notre route, par hasard, sur un très joli petit chemin qui longeait l'eau, et qui nous amena à traverser des jardins individuels en terrasse particulièrement romantiques dans la brume de l'automne.
Chemin faisant, nous eûmes aussi affaire à quelque étrange objet, sur la signification duquel nous nous interrogeâmes longuement, jusqu'à ce que Killian le baptisât (le"Truc") et que Flore lui trouvât une utilité, ce qui rendit ce banal morceau d'acier bien plus sympathique à nos yeux.

Nous continuâmes, clopin, clopant, dans notre aventure, le ciel menaçant et les tours se montrant, les sacs se faisant lourds et les ventres gargouillants...

Au loin, l'horizon nous narguait et le monde civilisé semblait nous avoir laissés à tout jamais...

Flore nous retarda par des expériences photographiques inédites, comme cette prise magnifique de poils végétaux dans un environnement de feuilles mortes, ou encore par cette saisissante représentation photogénique de la verticalité de l'âme qui se reflète dans l'eau noire de l'esprit...


Le château semblait enfin vouloir s'offrir à nos yeux, et soudain, il fut là (avec le bonnet d'Eléonore en prime):
Cela, ce n'était en fait que la tour de l'église qui jouxtait le château, qui lui ne vaut pas la peine d'être en photo dans ce blog... Après avoir hésité à payer la quittance de la visite de cet édifice qui abrite des caves du 13ème siècle, nous décidâmes que le meilleur à faire pour le moment était de nous sustenter, grâce aux croquantes tartines conservées dans nos baluchons. Ce fut un grand moment, sur la place déserte de Melnik.
Comme le froid nous glaçait les os, et que la digestion commençait à ralentir nos gestes, nous partîmes en quête d'une taverne où réchauffer nos gosiers et nos oreilles... Nous tombâmes alors sur une curiosité: un café destiné autant aux adultes qu'aux enfants, et où un piano se dressait, prêt à retentir de la musique floresque, accompagné de la guitare julienesque. Nous ne savions pourtant pas en arrivant que cette maison était peuplée de fantômes...
... que l'on y dégustait d'étranges mixtures (du chocolat chaud aussi épais qu'une pâte à crêpes qui n'a pas reçu encore assez de lait)...
... et que les enfants qui la fréquentaient n'étaient pas des plus calmes, ni que le piano devrait se taire sous les récriminations impolies d'une dame qui parlait plus fort que lui.
Nous reprîmes donc notre route, le ventre cette fois empli de ces réconforts sucrés, et il apparût que la nuit allait bientôt commencer à tomber et qu'il fallait trouver la gare routière que nous avions manquée à l'arrivée. En fait, il n'était que 14h mais l'horloge du café nous avait leurrés en indiquant l'heure d'été, soit 15h. Parvenus à la gare routière, il nous sembla absurde de rentrer si tôt à Prague. Nous explorâmes alors les environs de la gare routière, qui comme tous les environs de toutes les gares routières, étaient peu reluisants: entre terrains vagues et ordures, quelques jeux pour enfants cherchaient à égayer, en vain, le petit parc qui s'étirait autour d'un faible ruisseau.
Le traversant, nous finîmes pourtant par trouver distraction dans l'observation de nouveaux jardins individuels regorgeant de pommes, et d'un cirque, qui avait pris place aux pieds des barres d'immeubles.
Rentrés à Prague, tôt, nous ne nous séparâmes pourtant pas aussitôt, puisque la soirée fut destinée à un festin tout français pour nous remettre de nos émotions: foie gras de canard, confit de canard aux pommes de terre, vin de Bordeaux, et chants dans l'inspiration des grands poètes francophones....
Non, je vous assure, nous ne sommes pas chauvins.